Mieux connaître pour mieux protéger - Publié le 10/01/2018

Diagnostic fonctionnel de la tourbière de la Basse-Goulandière : une étude pour mieux connaitre les tourbières

Le site du « Bas-marais tourbeux de la Basse Goulandière », se situe à Parigné-l’Evêque (72). L’ensemble du site, d’une superficie de près de 38 ha, appartient à la commune de Parigné-l’Evêque depuis 1966.

Contexte général :

L‘intérêt patrimonial de cette Réserve naturelle régionale (RNR) repose principalement sur la présence d’un réseau de parcelles tourbeuses et para-tourbeuses, qui accueille une flore et une faune rares et patrimoniales.

Les étendues marécageuses dominées par le Choin noirâtre (Schoenus nigricans), les Cladiaies (Cladium mariscus), les prairies à Molinie bleue (Molinia caerulea), composent cette zone d’un fort intérêt patrimonial accueillant pas moins de sept espèces végétales protégées au niveau national comme le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), ou régional, comme le Troscart des marais (Troglochin palustre), la Parnassie des marais (Parnassia palustris), la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe), le Sélin à feuilles de Carvi (Selinum carvifolia), la Pédiculaire des marais (Pedicularis palustris) et la Grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica). L’intérêt faunistique est lié aux Amphibiens et aux Reptiles, avec douze espèces protégées au niveau national et par l’entomofaune avec plusieurs Odonates rares en Sarthe parmi lesquels l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), inscrit dans la Directive communautaire « Habitats, faune, flore ».

Le site est traversé d’Est en Ouest par le ruisseau « le Roule-Crottes ». Certaines activités sur le bassin versant (prélèvement par pompage, carrière en activité) peuvent avoir potentiellement une incidence sur l’alimentation en eau du site. Les enjeux prioritaires de conservation concernent les zones pionnières du bas-marais alcalin (Hydrocotylo vulgaris-Schoenion nigricantis) et les prairies à Molinie (Juncion acutiflori). Le bas-marais connaît des faciès d’embroussaillement peu favorables à certaines populations d’espèces végétales protégées.

Problématiques et enjeux :

Les milieux tourbeux sont des entités écologiques complexes fortement influencées par certains facteurs abiotiques. Dans le cas de la RNR, bien que plusieurs opérations aient déjà été initiées au cours des précédents plans de gestion, la compréhension et le suivi de ces paramètres abiotiques et de leur effet combiné sur les habitats naturels demeurent lacunaires. Un diagnostic fonctionnel le plus complet possible des deux lentilles tourbeuses du site sera réalisé afin de mieux caractériser ces variables environnementales.

Méthode utilisée :

Cette opération sera mise en œuvre en deux phases : la première, programmée en 2017, consistera à établir un pré-diagnostic de manière à identifier les facteurs abiotiques les plus importants à mesurer, à estimer le matériel et les moyens nécessaires au diagnostic et à établir un calendrier prévisionnel des suivis à mettre en œuvre au cours d’une année.

La seconde phase (pour 2018) consistera en la phase opérationnelle du diagnostic ainsi qu’en la rédaction d’une note faisant état des différents éléments relevés sur le terrain ainsi que des recommandations quant la gestion et les suivis à mettre en place. 

L’analyse fonctionnelle des écosystèmes s’appuie sur une logique d’intégration de données issues de nombreuses disciplines (écologie, pédologie, hydrologie, géologie, géomorphologie, chimie, paléoécologie). La synthèse de ces données permet d’élaborer un modèle de fonctionnement à l’échelle d’un site ou de sous-parties (notion d’unités fonctionnelles).

Nous souhaitons améliorer notre niveau de connaissance sur le fonctionnement de cet écosystème. Les questions que nous nous posons sont les suivantes :

- Quels sont les déterminismes de l’alimentation et du fonctionnement hydrologique du site ?

- De quels types de tourbières s’agit-il ?

- Quels sont les déterminismes des processus dynamiques constatés (régression des populations voire disparition d’espèces associées aux bas-marais alcalins ; développement de coussins de sphaignes minéro-ombrotrophes, etc.)

L’objectif de ce pré-diagnostic était d’apporter les premiers éléments de caractérisation des sols, des bio-indicateurs végétaux, des logiques d’écoulement contribuant à l’alimentation hydrologique du site pour élaborer le cahier des charges du diagnostic fonctionnel.

La méthodologie s’appuie ici sur une phase préalable de traitement des données bibliographiques disponibles, d’une visite de terrain pour le relevé d’éléments structurants et d’indicateurs fonctionnels, avec rencontre du gestionnaire, suivie d’une première analyse de ces données essentielles à la compréhension du fonctionnement du site, le tout permettant la réalisation d’un premier modèle conceptuel de fonctionnement.

La stratégie de la campagne de terrain a été d’explorer plusieurs compartiments de l’écosystème dans le but d’aborder le contexte géologique et géomorphologique, la nature et la diversité des sols, la géométrie des systèmes tourbeux et les principaux flux hydriques et minéraux (caractéristiques physico-chimiques des eaux de surface et de subsurface). La campagne de terrain a eu lieu les 24 et 25 Novembre 2016.

 

Conclusion et réponse apportés :

D’un point de vue méthodologique, le tour d'horizon des données géologiques et géomorphologiques mène aux conclusions suivantes :

• L’analyse géologique nous montre que les documents disponibles sont contradictoires et indiquent une complexité structurale (tectonique) et stratigraphique : de fait, le complexe se situe dans un contexte difficile à décrire à cause de l’existence de nombreuses couches géologiques, au comportement hydrogéologique variable, et déplacées les unes par rapport aux autres en fonction du jeu des nombreuses failles mal identifiées.

• Pour ce qui est de la géomorphologie, on peut ajouter que le site se situe au bas d’un relief, de part et d’autre d’un ruisseau, et qu’il est ainsi soumis à de potentiels dépôts alluviaux et colluviaux pouvant constituer des compartiments hydrogéologiques, ce qui compliquent encore plus la compréhension des écoulements.

• A l’échelle du complexe même, le relief est très faible, ce qui diminue la capacité de perception des sens d’écoulements possibles et des liens entre les différentes unités tourbeuses, plus généralement humides, et le ruisseau.

Ce prédiagnostic met en évidence la complexité structurale des deux complexes qui présentent une organisation suivant les gradients acide-base, d’une part, et le gradient trophique, d’autre part. Le premier gradient résulte en grande partie de l’origine des eaux, le second sur des apports en nutriments, lui-aussi conditionné en partie par l’origine de l’eau.

La conservation des habitats et des espèces ou la restauration de milieux favorables à des espèces anciennement présentes pose un certain nombre de questions. L’analyse de terrain montre la présence de processus d’eutrophisation (typhaie), la colonisation ligneuse (indicatrice d’une forme d’enrichissement trophique également) et d’autres. Il faut donc définir en priorité l’origine des eaux circulant sur le site, les types d’écoulements, les mélanges. Cela peut être réalisé par mesure directe, à travers un suivi piézométrique, et également par des observations indirectes telles que la répartition des taxons et autres indicateurs.

Janvier 2018